AU CRÉPUSCULE DE LA VIE

Plus d’un ami étranger d’âge avancé envie le sort des vieilles gens du Vietnam qui, en général, vivent avec la petite famille d’un de leurs enfants, souvent chez le fils aîné où est installé l’autel des ancêtres. La tradition familiale demeure malgré les bouleversements économiques et sociaux causés par un demi-siècle de guerre, de transformations révolutionnaires, d’acculturation intensive au contact des valeurs occidentales individualistes. Les vieilles personnes ont leur rôle à jouer, surtout la grand-mère. Elle garde la maison, aide au ménage, s’occupe des petits en l’absence des parents. La vie matérielle est encore difficile, mais on ignore la solitude du troisième âge en Occident. Même beaucoup de Vietnamiens établis à l’étranger évoquent non sans nostalgie la vie des vieilles gens intégrés à la communauté. Un article du septuagénaire Trân Van An publié aux Etats-Unis1 pourrait en porter témoignage au nom de ses condisciples.

“Dans le cycle bouddhique « Naissance-Vieillesse-Maladie-Mort », la plupart d’entre nous ont connu la première phase. Nous devons maintenant faire face aux phases restantes, les plus dures… Il est presque impossible de prévoir Maladie et Mort.. Il faut donc s’y préparer autant que faire se peut pour éviter d’être pris au dépourvu, de causer des dommages à soi-même et à ses enfants.

Chacun a son lot, en ce qui concerne les enfants. Les chanceux dont les enfants sont dévoués et « arrivés » peuvent être plus ou moins tranquilles sur le chapitre de la préparation susdite.

Les malchanceux ont des enfants « arrivés » mais qui traitent « père et mère » à l’américaine. Quand, malade, on ne peut plus se soigner, il ne reste que quelques adresses sûres : le Home care pour des cas légers, le Nursery home pour des cas graves, en attendant l’Hospice pour aller au Ciel.”

D’après l’auteur, quand des vieux se rencontrent, le « Comment allez- vous ? » n’est plus une simple formule de politesse, il émane du cœur. « En réalité, écrit-il, il faut poser en plus la question : *« Ça vous va moralement ? ■». Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas aux Etats-Unis ce dont nous avions rêvé : « Jouir d’une heureuse retraite à la campagne » au sein de la grande famille. « Les enfants ont d’autres chats à fouetter toute la journée. Les petits-enfants absorbés par leurs computers ne pensent pas à caresser la barbe de pépé ou à arracher quelques cheveux blancs à mémé.

Ce qui fait qu’au soir de leur vie, pour les migrants vietnamiens, la joie de plus en plus s’amenuise tandis que grandit au fur et à mesure la solitude. Empty nest est le terme américain pour désigner l’isolement d’un vieux couple dont les enfants sont éparpillés, éloignés d’une cinquantaine de kilomètres si c’est près, des milliers de lieues si c’est loin ».

La culture américaine, essentiellement individualiste, diffère de notre culture communautaire.

« Pour les Américains, le fait de cohabiter avec les enfants est assez rare. Dans une culture qui donne la priorité à la privacy, les enfants en général désertent le foyer familial à 18 ans pour vivre en toute indépendance, les enfants vivent pour eux-mêmes, les parents pour eux-mêmes, on s’abstient d’intervenir dans les affaires privées ».

Bien qu’ils n’approuvent pas le mode de vie familiale américaine pragmatique, les Trân Vân An préfèrent vivre aussi à part et se débrouiller eux-mêmes et de recourir aux enfants in extremis.

A l’âge où nous sommes plus près de la terre que du ciel, notre santé se dilue, l’argent n’est plus abondant ; parmi les enfants, il y a des bons et des mauvais, des « arrivés » et des ratés. La joie ne saurait être complète, le chagrin doit frapper à notre porte.

Face à cette situation, d’aucuns ne cessent de geindre, d’autres gardent la sérénité donnée par la croyance au karma. L’auteur conseille à ses vieux compatriotes d’Amérique d’assurer leur joie de vivre en suivant deux suggestions l aites par Dale Carnegie : laisser de côté ses tracas, presser le citron pour en faire de la limonade. En attendant de rejoindre le Royaume de Bouddha !

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