CE QUE PENSE L’ENFANT VIETNAMIEN ADOPTÉ FRANCE

Il y a sept ou huit ans, mes amis français, le docteur Maury et sa femme, faisaient la navette entre Paris et Hanoï des mois durant. Ils voulaient adopter un enfant vietnamien car ils avaient beaucoup de sympathie pour le Vietnam. A la fin, exaspérés par des procédures interminables, ils ont dû laisser tomber « l’affaire sentimentale » pour donner à leur vie une autre orientation dans leur retraite.

Il paraît que le pourcentage d’enfants vietnamiens adoptés en France est plus élevé que celui des enfants provenant d’autres pays. Les adoptants français ont créé même leur propre revue, Passions Vietnam, organe des adoptants en passe de devenir aussi celui des adoptés et de tous ceux qui s’intéressent au Vietnam.

Depuis deux ans, il y a eu interruption des procédures d’adoption entre la France et le Vietnam. « Mai 1999 – novembre 2000, l’adoption est officiellement suspendue. Novembre 2000 – juin 2001, elle est virtuellement rétablie. Pendant ce temps, des couples ont vu deux nouvelles années passées sans enfants, dans l’état d’esprit, et souvent la détresse que l’on imagine. » Les deux parties vietnamienne et française font leur possible pour donner une prompte solution procédurale au problème de l’adoption. Quel est l’état d’esprit de l’adopté vietnamien ? Caroline Danois Maricq en a fait un témoignage vibrant dans Passions Vietnam (juillet 2001). Cette femme de trente-sept ans a été adoptée à trois ans, en 1967, – Kiêu Nga était son nom vietnamien -, par l’écrivaiii Jacques Danois, reporter de guerre. Elle a vécu dans quatre continents, confrontée aux exigences de systèmes scolaires différents, mère d’une fille, divorcée et neuf ans après, vivant en famille composée.

Caroline a sa philosophie à elle. L’enfant adopté doit surmonter ses propres handicaps et difficultés comme n’importe quel individu. « La recherche du bonheur part d’une introspection. Le travail consiste à se connaître dans ses limites et ses capacités. La vie est une loterie. Nous pouvons maîtriser nos choix dans notre vie mais pas notre appartenance sexuelle ni le lieu de naissance… Qui n’a pas pleuré toutes les larmes de son corps à la première rupture amoureuse en se sentant « abandonnée » ? Nous avons chacun un bagage individuel. Pour certains, il est plus lourd que pour d’autres, certains bénéficient de plus d’atouts que d’autres, et pourtant, rien n’est acquis et rien n’est impossible. »

Tout individu, pour évoluer correctement, doit trouver sa place dans une société quelle qu’elle soit. « Mais tout individu ayant été séparé « prématurément » d’un parent aura des handicaps de départ à surmonter ».

Pour surmonter ces handicaps, l’adopté doit éliminer certains complexes : les sentiments de l’abandon, de la honte, des deuils omniprésents. Il faut à l’adoptant beaucoup de finesse et de compréhension pour pouvoir les partager avec lui et l’aider à les vaincre.

“L’emploi du terme “abandon” est à proscrire. Remplaçons “abandon” par « séparation ». Dans le terme « abandon », il y a l’idée de rejet, celle d’avoir été un enfant « en trop », d’avoir été une gêne, un enfant non attendu. A chaque fois que ce mot résonne, il réveille les soupçons, la peur d’etre abandonné à nouveau, l’instabilité, la dure réalité du passé… et puis une humiliation profonde ».

Caroline a fait une analyse très pertinente de la honte. « L’enfant d’un couple divorcé se sent responsable, tout comme celui d’un couple dont l’un des conjoints bat l’autre par abus d’alcool. L’adopté, lui, risque aussi de se sentir impuissant et responsable de ce que ses parents concepteurs n’aient pu le garder, car il est l’erreur. La force de l’affectif et de la vision de la vie offert par les nouveaux parents constitueront le pont relationnel de confiance lui permettant de dédramatiser. Mais le plus difficile est d’être à l’écoute au bon moment. C’est la dure tâche de tous les enfants du monde, car il est bien plus facile de parler de ses peurs, de sa culpabilité que de sa honte ».

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