LA DEUXIÈME GÉNÉRATION DE VIETNAMIENS EN FRANCE

Quand elle entre dans mon bureau, je ne la reconnais pas.

Une jeune femme d’une trentaine d’années, svelte, yeux et cheveux   noirs, air réfléchi, teint pâle. Vietnamienne, Thaïlandaise, Laotienne ou Eurasienne, je ne saurais le dire. Ses premiers mots en vietnamien, prononcés   avec une maîtrise qui n’exclut pas une certaine hésitation, me révèlent une métisse vietnamienne.

Vous vous rappelez ? Nous nous sommes vus à Paris il y a trois ans, au cocktail couronnant votre causerie. Je suis…

Je lui coupe la parole :

Corine Mai Lan Vidal ! Journaliste.

Après les salutations, nous avons parlé en particulier de l’intégration de la deuxième génération de Vietnamiens à la société française. Elle avait publié une enquête à ce sujet dans Esprit (mai 1997).

La France accueille à l’heure actuelle quelque 200.000 immigrés vietnamiens. Comment ces jeunes ont-ils réussi à s’intégrer à la société occidentale ? « A la vietnamienne », répond Mai Lan. Ils ont gardé nombre de leurs coutumes ancestrales. « La morale confucéenne apparaît encore bien vivante dans leur esprit et se révèle comme l’une des clés de leur intégration ».

Mai Lan cite un vieux dicton vietnamien : « O bâu thi trôn, o ông thi dài » (Dans un ballon on s’arrondit, dans un tube on s’étire), pour parler de la merveilleuse faculté d’adaptation qui caractérise l’éthique vietnamienne. Elle cite un proverbe qui corrobore cette opinion : « Nhâp gia tùy tuc » (Quand tu entres dans une maison, suis ses recommandations). L’adaptation individuelle au milieu social et non la révolte contre lui, répond au principe confucéen de l’harmonie universelle, principe qui inspire le respect de l’ordre, de la hiérarchie, de l’âge. Dans la langue vietnamienne, plus encore qu’en chinois, des appellations quotidiennes rappellent, à chaque instant, à l’individu sa place dans divers contextes sociaux, parce qu’il n’y a pas de pronoms personnels neutres comme « Je » et « Vous ». Mai Lan donne de nombreux exemples d’intégration sans accroc. Nga, jeune informaticienne, déclare que, pareille à la majorité des jeunes de sa génération, elle n’a eu aucun problème à s’intégrer, même si ses parents bouddhistes ont conservé leurs traditions. Ses amies françaises lui disent : « Mais tu n’as rien d’une Vietnamienne ! » L’étudiant Nha Ty, né en France, qualifie son intégration de « parcours naturel ».

Etant donné que l’individu est tenu pour responsable de la qualité de son environnement humain et matériel, le goût de l’effort marque la morale ancestrale. Les parents confucéens se dépensent sans compter pour la réussite scolaire et professionnelle de leurs enfants. Les jeunes Vietnamiens s’orientent aisément vers les sciences, la médecine, l’informatique, etc.

La famille demeure le fondement majeur de la personnalité vietnamienne. La reconnaissance envers les parents, les relations entre les différentes générations, la solidarité familiale se maintiennent grâce au culte des ancêtres, aux anniversaires des morts, aux repas commémoratifs, aux réunions familiales. A ce sujet, beaucoup de jeunes Vietnamiens son fiers d’être différents de leurs camarades blancs. Ils apprécient cependant la nationalité française et se conduisent en bons citoyens, bien qu’un peu effacés et passifs. A l’inverse des Chinois, les immigrés vietnamiens ne vivent pas en vase clos. Ils sont disséminés et intégrés dans le tissu social français.

Devenu citoyen français, l’enfant se demandera un jour : « Suis-je Français ou Vietnamien ? ». Y aura-t-il conflit de cultures dans chaque individu ? » Le confucianisme invite l’individu à s’harmoniser avec le monde à travers sa globalité. Tandis que la culture occidentale contribue à ordonner le monde avec méthode. Beaucoup d’immigrés vietnamiens ont pu résoudre ce conflit en tirant avantage de ce double héritage culturel comme le remarque le professeur Lê Huu Khoa que cite Mai Lan, « l’immigré vietnamien gère son identité selon une stratégie qui répond au pragmatisme ».

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