ÉGALITÉ DES SEXES. OUI ET APRÈS ?

Depuis le passage du matriarcat, l’humanité progressiste n’a cessé de lutter pour l’égalité des femmes et des hommes. Une fois cet objectif atteint, il paraît évident que la gent féminine n’ait plus de quoi se plaindre.

Et pourtant, la chose n’est pas évidente. Hanne-Vibeke Holst, 40 ans, écrivain et journaliste danoise, a soulevé le cas des femmes de son pays qui relèverait du paradoxe. Aujourd’hui, après avoir obtenu en fait l’égalité avec les hommes, elles « souffrent d’une frustration et d’une insatisfaction croissantes. Car il y a aussi une liste de facteurs négatifs qui sont le prix qu’elles doivent payer pour leur fierté d’être les égales de l’homme. »’

Quelle en est la cause ?

H.-V. Holst commence par nous résumer en quelques mots les conquêtes de la femme danoise de nos jours :« Nous avons réalisé ce que nous avions voulu, atteint les objectifs de notre lutte : travail hors de la maison, salaire égal à l’homme, répartition équitable des travaux entre hommes et femmes, avortement libre, institutions en charge de l’enfant, permission accordée à l’homme en cas de maternité. Nous avons même engendré une race tout à fait nouvelle de jeunes hommes sachant préparer la nourriture et garder les enfants, se considérant comme néo-féministes. Cela sent l’utopie ; mais il en est ainsi. Nous vivons dans la paix et la liberté, dans un de ces rares coins du monde où chacun a assez de quoi manger, où la pauvreté a comme critère le nombre de téléviseurs en couleur de chaque ménage. Les femmes peuvent circuler poitrine nue sur la plage, porter un Wonderbra sous leur habit, tourner sur patins ou foncer sur vélomoteur, fumer des cigares et boire du whisky-soda. Elles peuvent se marier ou rester célibataires, avoir des enfants ou non ».

L’égalité des sexes s’est traduite donc en actes.

« Et pourtant, si choyée qu’elle soit, la femme danoise n’en souffre pas moins d’un sentiment croissant de frustration et d’insatisfaction. Car il y a aussi toute une liste de facteurs négatifs, le prix à payer pour la fierté de l’égalité. Suicide, maladie, divorce, stress. Et puis encore la mauvaise conscience… Mauvaise conscience au sujet des enfants dont l’enfance est institutionnalisée. Mauvaise conscience au sujet du mari auquel on n’a pas consacré assez de temps. Mauvaise conscience au sujet de la vie et des rêves qui sont emportés par le flux de la vie quotidienne ».

D’après l’auteur, la femme danoise doit souffrir en silence et garder sa tristesse pour elle seule. L’ardent combat féministe qui a uni les femmes pendant de longues décennies s’est terminé victorieusement par la véritable égalité de sexes. Il n’a plus raison de subsister. Et voilà les femmes livrées à elles seules, frustrées, chacune avec ses problèmes individuels.

Mais leur communion de sentiments et d’idées s’est de nouveau affirmée avec l’adoption en 1994 de la « permission parentale », qui accorde aux parénts un congé d’un an pour chaque enfant au-dessous de neuf ans. Des millions de mères, infirmières, sages-femmes, docteurs, journalistes, juristes, couturières, enseignantes…, ont alors abandonné leur carrière pour se déverser au foyer et aux enfants ; ce qui a causé une pénurie de personnel. Les femmes danoises ont prouvé « qu’elles peuvent parfaitement égaler les hommes, qu’elles peuvent se hisser par leurs propres moyens aux plus hautes positions en politique et en business. Mais elles ne le veulent pas »… Elles veulent prendre du temps pour repenser…, pour avoir leur troisième enfant, pour savoir si le modèle masculin doit réellement déterminer la voie à suivre dans leur vie ». Il ne faut pas qu’elles perdent leur « soi », leurs vertus féminines. L’opinion de H.-V. Holst semble contourner la position des mouvements féministes, depuis le XIXe siècle dont le but essentiel est l’adoption intégrale du modèle masculin. Typique à cet égard est l’argumentation de Simone de Beauvoir dans « Le deuxième sexe » (1949). Elle dénonce le mythe de la féminité et soutient que les limitations de la femme ne sont pas naturelles mais résultent du droit et des mœurs. Seule l’égalité complète des sexes entraînera la liberté de la femme.

J’ai eu l’occasion de discuter du problème soulevé par H.-V. Holst avec la journaliste et écrivain américaine Lady Borton et la doctoresse française Edwige F. Elles sont d’avis que dans leurs pays le combat du féminisme classique n’est pas encore terminé et que seules les femmes privilégiées peuvent jouir de la condition des femmes danoises. Edwige F. estime qu’elle peut se classer dans ce groupe. Elle a donc la possibilité de réaliser pour elle l’égalité des sexes tout en cultivant ce qui est essentiellement féminin.

Au Vietnam, malgré les progrès du féminisme, nous sommes encore loin de la complète égalité des sexes à cause des moyens économiques insuffisants de la femme et de la pression morale confucéenne.

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