LA FAMILLE VIETNAMIENNE AUX ETATS-UNIS

Le hasard de l’histoire a voulu que depuis deux décennies, plus d’un million de Vietnamiens sont venus s’établir aux Etats-Unis. Parmi les problèmes que leur pose le choc culturel, celui de la famille paraît le plus alarmant parce qu’il menace directement leur identité.

« La grande famille vietnamienne sur le sol américain. Où va la génération des vieux ? » Tel est le titre d’un article qui pourrait nous éclairer à ce sujet. L’auteur, Bùi Huu Thu, l’a publié dans le « Bulletin annuel des anciens élèves du Vietnam : Nam Dinh – Nguyên Khuyên – Trà Bac – Yên Mô (numéro du printemps 2001).

En premier lieu, il résume les caractéristiques de la famille vietnamienne traditionnelle en citant quelques dictons populaires : « Si on vénère les personnes âgées, on aura la longévité », « Jeune, on s’appuie sur son père, vieux, on s’appuie sur ses enfants ». Les personnes âgées jouissent d’un grand prestige en famille et dans la société. Les grands-parents ont même plus d’autorité que les parents. Le culte des ancêtres, jusqu’à la cinquième génération, unit tous les membres de la grande famille, lesquels ont le devoir de s’entraider. Les chefs des familles nucléaires habitent près des parents pour leur prodiguer des soins constants. Les parents vivent toujours avec un enfant, en général l’aîné. Ils s’occupent jusqu’à leur mort des enfants mêmes adultes et mariés.

L’auteur montre ensuite pourquoi la famille américaine est bien moins stable que la famille vietnamienne. « Le pays est immense, les Américains n’ont pas de souche ethnique nationale. Les immigrants doivent mener une lutte ardue pour s’établir sur une terre nouvelle. Adultes, les enfants doivent chercher à gagner leur vie ailleurs ».

La famille n’a qu’un ou deux enfants qui sont trop choyés pour suivre une éducation sévère. La séparation rigoureuse entre l’école et l’église entraîne des effets fâcheux. L’école ne doit enseigner ni la morale ni la religion. Le maître n’a pas le droit de professer sa propre échelle de valeurs. Les parents encouragent leurs enfants à exprimer leurs propres opinions, à décider librement de leur vie dès leur jeune âge. La réussite de ces derniers se mesure à l’argent qu’ils auront gagné. Des jeunes gens sans grande instruction (chanteurs rock n’roll, boxeurs, athlètes, misses) sont devenus milliardaires.

« Les enfants manquent de respect à l’égard des adultes, se conduisent mal envers leurs grands-parents, parents et maîtres. Les adolescents échappent au contrôle de leurs parents ». Les enfants, sous l’influence de la TV et des camarades, courent après le plaisir (stupéfiants, sexe…). Quand l’enfant atteint l’âge de 17 ans, les parents considèrent que là s’arrêtent leurs devoirs. En général, ils encouragent leurs enfants à chercher un « job » très tôt pour connaître la valeur de l’argent et pour avoir de quoi acquérir ce qu’ils veulent. « A 13 ans, ils peuvent faire du baby-sitting, à 14 ans tondre la pelouse du voisin, à 15 ans laver la vaisselle, servir dans les restaurants, livrer les journaux, à 16 ans, s’engager dans un magasin. » Quand on gagne de l’argent tout jeune, on ne se sent plus lié aux parents. A 17 ans, on a le droit de quitter ses parents, de vivre avec sa petite amie, quitte à vivre d’expédients. A 11 ou 12 ans, les enfants connaissent déjà la pratique sexuelle. Des filles de 11 à 13 ans risquent d’être enceintes. Les enfants n’ont pas le devoir de s’occuper de leurs vieux parents.

Les familles nucléaires vietnamiennes vivent éparpillées sur tout le territoire des Etats-Unis. Si les liens familiaux sont aussi lâches que ceux des Américains, la génération des vieux émigrés finira certainement solitaires dans un asile.

Que faire pour sauver l’esprit de la grande famille vietnamienne ?

Premièrement, préserver la famille nucléaire. Dans une famille unie, si les enfants sont sûrs qu’ils restent toujours un sujet de préoccupation pour leurs parents, ils sauront payer leur dette sentimentale. Même très occupés, les parents doivent trouver du temps pour causer avec les enfants et les aider.

Deuxièmement, il faut fréquenter ses compatriotes vietnamiens dans le voisinage, se lier à eux par des petites et grandes affaires (un peu de sel, de sucre, petite réparation de voiture, maladie, accident).

Troisièmement, il faut considérer la communauté vietnamienne comme une famille élargie, ce en vue de préserver les valeurs culturelles et morales du Vietnam.

Quatrièmement, la communauté vietnamienne doit se charger des services variés afin d’aider les personnes âgées, de préserver la culture nationale (enseignement de la langue, des arts, causeries). Il faut créer pour les personnes âgées des clubs, des villages, des maisons de retraite et des cimetières de caractère vietnamien.

Les Vietnamiens, comme les Asiatiques en général, ne peuvent adopter l’individualisme des Occidentaux qui ne se préoccupent que de leur petite famille.

Telle est l’opinion d’un Vietnamien résidant en Amérique. Il ne s’est pas rendu compte qu’au Vietnam, la grande famille est confrontée à la même crise, bien entendu à un degré moindre et dans une autre conjoncture.

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