HISTOIRE DE JUPES ET DE PANTALONS

Cette année, les jupes à l’occidentale fleurissent à Hanoï avec une telle profusion qu’au quartier chic de la cité, on se croirait perdu dans quelque coin d’Europe. Depuis quatre ou cinq ans, nombre de citadines ont adopté le jean ou le T-shirt mais la blouse et le pantalon noir étaient de règle, pour le travail comme pour les loisirs. Dans l’ensemble, une seule amélioration par rapport au temps de guerre, la blouse a remplacé le kaki militaire, on a troqué le bleu ouvrier ou le blanc classique contre les tons chauds de l’arc-en-ciel et les Heurs flamboyantes du tissu imprimé.

L’austérité vestimentaire a fait son temps. Le pantalon noir, dernier vestige du costume féminin traditionnel, ne résiste plus que chez les femmes d’un certain âge. Le pantalon adopte délibérément les indiennes, exhibant des jambes collantes ou bouffantes. Parfois, il revient âu blanc pour s’harmoniser avec le séduisant do dài « robe longue » aux pans flottants, qui moule à merveille le corps svelte des femmes vietnamiennes. Cette dernière fut une création d’artistes sortis de l’Ecole supérieure des Beaux-arts d’Indochine qui ont modernisé (style dit Lemur) dans les années 30 l’ancienne tunique tonkinoise à quatre pans ou la tunique aristocratique de Hué. Vers les années 20-301, les Hanoïennes ont abandonné la jupe paysanne pour porter le pantalon en crêpe ou en satin noir. Les plus « in the newest   fashion » arboraient franchement le pantalon blanc en soie ou en lin, ce   dernier étant considéré au début comme l’apanage des geishas de la rue Khâm Thiên.

A voir: voyage pas cher vietnam | l ile de cat ba

Revenons aux jupes. Autrefois, la femme vietnamienne ne portait que la jupe. Au XVe siècle, Les Ming occupant le pays ont voulu pratiquer une   politique de sinisation radicale. Ils ont obligé le peuple conquis à s’habiller à la chinoise, les femmes devant renoncer à la jupe pour porter le pantalon. La résistance culturelle a fini par sauver la jupe. En 1665, le roi Lê Huyên Tông interdit aux femmes de porter ceintures et pantalons. Mais en 1828, le roi Minh Mang (1820-1840) interdit le port de la jupe. Une chanson populaire de l’époque disait :

« Au 8e mois lunaire, un édit royal frappe les f>ens de stupeur,

Il est interdit de porter le pantalon sans fond2.

Si je ne vais pas au marché, il n’y aura pas assez de monde,

Si j’y vais, je dois prendre le pantalon à mon mari, quelle pitié ! »

Ce que n’a pu faire ni le colonialisme chinois, ni le despotisme indigène, la mode l’a fait. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le pantalon féminin a régné en ville et à la campagne.

Mais la jupe revient à la charge grâce aux copies de Dior, Cardin, Chanel…

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*