HÔ CHI MINH ET PICASSO

 Après plusieurs décennies de lutte ardue mais vaine contre la colonisation française, les patriotes vietnamiens éclairés étaient arrivés à cette conclusion : pour se libérer, le peuple vietnamien doit chercher des appuis à l’étranger, autrement dit internationaliser sa cause, tout en comptant essentiellement sur soi.

Animé de cet esprit, le jeune Hô Chi Minh quittait son pays en 1911, se faisant aide-cuisinier dans un paquebot pour aller en France. Lorsqu’à vingt- et-un ans, il mit pied sur le sol français, Picasso de neuf ans son aîné avait déjà acquis, avec Braque, une grande réputation en tant que pionnier du cubisme.

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L’amour de la liberté devait rapprocher les deux hommes. Ils se sont rencontrés au siège du groupe Clarté. Nguyên Âi Quôc (Nguyen le Patriote, nom du jeune Hô Chi Minh en ce temps là) fréquentait des écrivains pacifistes de la gauche, génération d’après 1914, en particulier Paul Vaillant Couturier, Romain Rolland et Henri Barbusse, les deux derniers étaient les fondateurs du groupe et de la Revue Clarté en 1919. Barbusse, de plus en plus séduit par la pensée de Lénine, opta pour le communisme ; Nguyên Âi Quôc a aussi adhéré vers 1920 au léninisme qui mettait l’accent sur la solidarité prolétarienne avec les peuples coloniaux.

En 1946, le Président Hô Chi Minh tentait un effort suprême pour sauver la paix sabotée par les fauteurs de guerre français, une poignée de militaires et de politiciens chauvins. Il se rendit en France pour participer lui-même aux négociations de Fontainbleau. C’est ainsi qu’il eut l’occasion de revoir, après trente-cinq ans, son ami, le « peintre contemporain le plus illustre ». Voici en quels termes Vu Dinh Huynh, officier d’ordonnance du Président, a raconté ces retrouvailles :

« Un jour, l’Oncle Hô m’a appelé et m’a dit :

–          Enlève ton uniforme de colonel, mets-toi en civil pour m’accompagner.

Quand notre voiture dépassait les limites du 8e arrondissement, il m’a appris:

–          Nous allons voir aujourd’hui Picasso.

Etonné, je lui ai demandé :

–          Tu connais Picasso ?

–          A supposer qu’on ne l’ait pas connu, quand on est à Paris, pourquoi ne pas aller saluer le créateur de tant de toiles difficiles à comprendre et dont l’art conquis tant de monde ?

L’Oncle Hô était venu sans se faire annoncer. Quand il était à quelques pas de la porte de l’atelier, Picasso le reconnut et s’élança en avant pour l’accueillir :

–          Bonjour Nguyen !

Ils s’embrassèrent. Picasso recula d’un pas pour regarder l’Oncle.

–          Tu t’es fait vieux plutôt vite, cher ami. Mais tes yeux restent toujours jeunes et brillants comme au temps de nos rencontres à « Clarté ».

Picasso lui fit faire le tour de l’atelier. L’Oncle Hô s’arrête longtemps devant chaque toile, absorbé. Je lus sur son visage réfléchi beaucoup d’émotion. Quand on revint au salon, Picasso demanda :

–          Qu’en penses-tu ?

–          Nous venons pour admirer ton art. Tous les commentaires ne servent que de cadres pour tes œuvres. D’autant plus que, comme tu le sais, je ne suis qu’un profane.

Picasso rit d’un rire bon enfant et s’anima.

–          Je me rappelle ton dessin signé Nguyên Âi Quôc en idéogrammes chinois, publié dans Le Paria. J’ai dit alors à Barbusse : « Ces quelques traits suffisent à révéler une pensée, une âme belle ». Si tu avais continué dans la voie du dessin, nous aurions un Nguyên Âi Quôc peintre, pourquoi pas ! Mais nous avons aujourd’hui le Président Hô Chi Minh, pionnier de la lutte pour l’indépendance et la liberté de son peuple et des autres peuples opprimés.

Tout en prenant du thé, Picasso esquissa en quelques traits le portrait de Hô Chi Minh qu’il glissa dans un carton. Il ne le remit à l’Oncle Hô qu’au moment de le quitter. »

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