QUAND LES FRANCAIS ADOPTENT DES ENFANTS VIETNAMIENS

Les relations entre les Français et les Vietnamiens relèvent du karma bouddhique.

Quatre-vingts ans de domination coloniale, que de sang et de larmes pour le peuple vietnamien. Neuf ans de guerre de libération ont aussi coûté beaucoup de sang et de larmes aux deux côtés ; plus de vingt mille militaires du Corps expéditionnaire sont tombés sur les champs de bataille d’Indochine, un demi million dè Vietnamiens, forces armées et population civile, ont péri.

On aurait pu penser qu’après tant de sang et de larmes versés, ce serait la rupture définitive. Mais la roue de l’histoire a tourné, le colonialisme passe, les deux peuples demeurent et se sont rapprochés. Un quart de siècle après Diên Bien Phu, l’acculturation franco-vietnamienne continue, les apports culturels français coulent dans les veines vietnamiennes comme ceux de la culture chinoise qui datent de deux mille ans. Le Vietnam fait partie de la communauté des pays francophones. Un phénomène nouveau apparu depuis plus d’une décennie, dans le sillage de la politique vietnamienne de Rénovation (1986) qui préconise l’ouverture tous azimuts, va lier les deux peuples par des liens du sang. Il s’agit de l’adoption par les Français d’enfants vietnamiens, à ce jour plus de 7.000. Parmi les enfants étrangers adoptés en France, ceux du Vietnam occupent le pourcentage le plus élevé. Pourquoi cette préférence ?

Est-ce à cause du caractère passionnel qu’ont revêtu les relations entre Français et Vietnamiens dans l’imbroglio de la colonisation et de la guerre ? Est-ce à cause du prestige mythique acquis par le Vietnam après les deux guerres, sans parler de l’exotisme de ses paysages tropicaux ? Est-ce parce que les jeunes migrants vietnamiens sont réputés pour leur attachement à la famille, leur ardeur aux études ainsi que leur vive intelligence ?

En tout cas, à ma connaissance, aucun adoptant français ne s’est plaint de son adopté vietnamien. Au contraire, la plupart s’estiment heureux de leur adoption comme en témoignent nombre d’articles de Passions Vietnam, à l’origine trimestriel, des adoptants. Prenons comme exemple celui des époux Ravel dans le numéro 8 de 2001 : « Ce premier regard est celui que l’on croise lors de la première rencontre avec son enfant, moment impalpable, irréel, instant magique… En une fraction de seconde, on devient parent et responsable. Trois fois, nous aurons la même émotion, le même choc violent. Ce choc est réciproque, et nous gardons gravé dans notre mémoire le regard insistant mais confiant d’Héloise-Marie. Elle avait huit jours. Ces rencontres sont incroyables et difficiles à décrire. Dans la seconde, un lien indestructible se crée pour la vie, nos vies. Cela reste, et restera pour nous le grand point d’interrogation de notre existence. Nous sommes allés au bout du monde pour recueillir le don le plus extraordinaire qu’il nous soit permis d’espérer : la vie.

L’adoption peut apparaître comme un mystère, mais nous sommes bien dans la réalité.

En un instant, tout notre parcours s’égrène : le jour où nous avons fait le deuil d’une naissance biologique, la décision d’adopter, l’espoir, la déception, l’espoir à nouveau, la procédure, l’attente, le grand saut dans l’inconnu, l’arrivée à Saigon, l’attente, les grands raids de cyclo, et finalement un jour, le 14 décembre 1994, l’appel téléphonique de sœur Marie-Cécile : « Une petite fille vous attend à la maternité de Phu Son Tu Du » : une naissance.

Du deuil à la naissance, l’immersion dans l’adoption s’assimile à un baptême.

Le sentiment évolue rapidement. De l’amour pour l’adopté à la sympathie pour son pays d’origine, il n’y a qu’un pas. L’adoptant cherche à comprendre la terra incognito que constituait le Vietnam avec ses lumières et ses ombres pour venir à son aide :

« Après avoir tant reçu, nous avons crée, en 1999, au terme de notre troisième voyage, l’Association des enfants du Vietnam (parrainage,

construction d’écoles).

… Comment expliquer ce développement si rapide et quelles sont nos motivations profondes ? C’est finalement difficile à dire. Une nouvelle

aventure a commencé.

Une histoire d’amour avec le Vietnam. Les premiers regards de nos enfants sont ancrés en nous. Mais la vision des enfants des rues, de la misère, des mendiants dont il faut soutenir le regard, l’est tout autant. Consacrer un peu, beaucoup de notre temps n’est rien par rapport au bonheur que le Vietnam nous a donné et nous donne tous les jours ».

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