LES LIENS ENTRE SÉNÉGALAIS ET VIETNAMIENS

Des Sénégalais, je n’en connais que quelques-uns. Des prisonniers de guerre, mercenaires du Corps expéditionnaire français capturés avant Diên Biên Phu. Officier de l’Armée populaire, j’étais alors chargé du travail de persuation   auprès des P.G. européens et africains en vue de les désolidariser de la « sale guerre ». Nos prisonniers sénégalais nous frappaient par leur santé de fer, leur caractère bon enfant, leur jovialité, leur amour de la danse au son des tambours.

Il va sans dire que les intellectuels vietnamiens de culture française lisaient des œuvres de Senghor, chantre des valeurs culturelles africaines et champion de la « négritude », premier président de la République (1960- 1981) depuis la création d’un Etat indépendant.

Pour le Vietnamien moyen, le Sénégal est presque une terra incognita, bien lointaine mais si proche parce que les deux peuples se sentent liés par le même sort de colonisés luttant pour leur indépendance au sein de l’empire français.

Je viens d’apprendre par l’Année francophone internationale 2002 que les liens entre le Vietnam et le Sénégal, loin d’être simplement historiques et affectifs, se sont traduits par une coopération économique fructueuse dans le domaine de l’agriculture.

« Mis en place par l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), dans le cadre de son Programme spécial de sécurité alimentaire (PSSA), la Convention tripartite Vietnam-Sénégal-FAO signée à Dakar en 1996, a permis de lancer des petits projets ruraux adaptés au milieu, peu onéreux, à base de techniques simples et de promotion de l’économie villageoise. Sur le terrain, les organisations paysannes sénégalaises travaillent en étroite collaboration avec des experts vietnamiens (43 en 1997, 120 en 2000) répartis à travers le pays.

Les projets ont porté dans un premier temps sur les exploitations rizicoles, dans les zones où les ressources en eau sont disponibles.

En 16 mois au Sénégal, les Vietnamiens ont réussi à impliquer les hommes dans la culture du riz considérée comme exclusivement féminine. Désormais, un micro-barrage de ciment protège la rizière des crues du fleuve Gambie, une quinzaine de petites digues retiennent l’eau de pluie là où elle se perdait auparavant dans la nature. Dans la région de Fatick, M. N’Diémon a récolté 25 tonnes de paddy, soit 5 tonnes à l’hectare contre 700 à 800 kg/ha autrefois, durant les bonnes années. Aujourd’hui le village est presque autosuffisant.

A Shanghui, une première culture de patate douce sur une superficie de 2,2 ha rapporte aux villageois 27 tonnes de tubercules évaluées à 4 millions de francs CFA. La culture de la patale douce n’est pas une nouveauté au Sénégal, mais la disposition précise de cette culture dans la structure culturale est une réalisation des techniciens vietnamiens, grâce à la construction d’un jardin collectif conçu avec un système d’arrosage. En janvier 2001, les paysans de Fatick se disaient très satisfaits du rendement de la patate douce, soit près de 30 tonnes à l’hectare, et la superficie cultivée a été considérablement développée dans toute la région.

Les coopérants de Hanoï animent aussi d’autres projets visant à améliorer l’ordinaire et favoriser l’autosuffisance des foyers ruraux (apiculture, fabrication du nuoc mam, de barques en tôle pour remplacer les traditionnelles pirogues en bois, techniques du maraîchage). La prochaine étape du programme sera d’étendre le projet à l’ensemble du territoire ».

Cette heureuse initiative de coopération Vietnam-Sénégal-FAO pourrait constituer un aspect positif de la mondialisation en même temps qu’elle montre la potentialité de la francophonie.

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