LES MARIAGES DE VIETNAMIENNES AVEC LES ÉTRANGERS

Les mariages de Vietnamiennes avec les étrangers tendent à se banaliser dans notre pays, depuis les années 80. Le phénomène était plutôt rare il y a plus d’une décennie, surtout dans le Nord et le Centre, régions plus attachées à l’éthique confucéenne que le Sud. Il était rarissime dans l’ancienne société où aucune famille respectable n’aurait accepté comme gendre un étranger, fût-il un homme très distingué. L’on plaignait la princesse Huyên Trân (XlVe siècle) mariée au roi Cham Simhavarman III qui avait pourtant offert en échange comme cadeau de noces les actuelles provinces de Quang Tri et Thua Thiên-Hué où se trouve la magnifique Cité de Hué.

La jeune fille qui convolait en justes noces avec un homme d’une autre race se ravalait au rang d’une femme de mauvaise vie, voire même d’une prostituée. On collait à son nom l’appellation péjorative de « Me » (= garce). On disait : Me Tây (femme mariée à un Européen), Me Tàu (femme mariée à un Chinois), Me Nhât (femme mariée à un Japonais), etc. Ce mépris s’expliquait parce que dans la majorité des cas, l’union, parfois arrangée par la famille de l’intéressée, était un simple mariage d’argent. Il s’y mêlait aussi une réaction de dépit dictée par le chauvinisme populaire : ces maris français, chinois, japonais… appartenaient aux « races » de cruels conquérants et de cupides marchands qui faisaient le malheur du pays.

Une chanson populaire décrivait avec ironie une mégère vietnamienne qui accomplit un rite pour honorer la mémoire de son mari chinois à l’occasion de la Fête du Têt ( Nouvel An lunaire). A son intention, elle lâche sur le fleuve son mannequin en papier :
« L’année tire à sa fin, voici venir le dernier jour de la 12e lune,
La veuve d’un Céleste lui brûle du papier d’or Debout au bord du fleuve frontalier,
Elle regarde le pays de son époux sur l’autre rive Hélant : « Hé mon homme le Céleste ! »
Elle tient dans une main une ligature de sapèques,
Dans l’autre un mannequin-sosie,
Elle les jette tous deux dans le courant,
La ligature rejoint le fond de l’eau parce qu’elle est plus lourde Le mannequin flotte parce qu’il est plus léger.
Ô bonnes gens ! C’est-il pas vrai que l’argent pèse plus lourd que l’homme ? »
Le poète Tan Dà (début XXe siècle) ironise dans sa chanson écrite pour un chanteur aveugle (hdt xâm) :
« Je plains le sort de tes joues roses,
Friande des pièces d’argent luisantes, tu as choisi un noir1 comme mari. »
Le romancier satirique Vu Trong Phung a créé un personnage d’un comique amer en la personne de la veuve d’un douanier français au temps de la colonisation.

Depuis l’internationalisation des deux guerres d’Indochine,I’homme du peuple au Vietnam connaît mieux les autres nations du monde. Avec l’affirmation et la consolidation de l’indépendance nationale qui enlève tout complexe, l’affluence des touristes et des businessmen étrangers, les préjugés contre les mariages avec les étrangers s’amenuisent en grande partie. Le mécanisme de l’économie de marché fait le reste.

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