LES VIETNAMIENS EN AMÉRIQUE LA DEUXIÈME GÉNÉRATION

J’ai visite les Etats-Unis vingt ans après la guerre américaine. Mes rencontres avec d’anciens camarades de lycée m’ont donné l’impression que la diaspora vietnamienne en Amérique et la communauté vietnamienne du pays se sont de plus en plus rapprochées. La communion nationale tend à transcender les différences idéologiques, politiques et sentimentales. Un témoignage récent me confirme dans cette opinion.

Je viens en effet de lire les Actes du Congrès des anciens élèves des lycées du (Vietnam) Nam Dinh-Yên Mô publiés aux Etats-Unis au début de l’an 2000. L’attitude des Vietnamiens nés ou ayant grandi-aux Etats-Unis me frappe particulièrement. Confrontés à deux cultures, ils cherchent à définir leur identité. Typique à cet égard est le poème écrit en anglais Still I rise de Christine Huyên Chi, née en 1984, petite-fille de Mme Nguyen Thi de San José. Elle se confie :

« Point n’est aisé, à quinze ans, de grandir avec des parents asiatiques, dans le monde des Blancs,

Quand on veut faire les choses comme une adolescente ordinaire.

Je devine que mes parents pensent qu’avec ma peau jaune, je dois me distinguer

Etre plus intelligente, toujours meilleure

Ou peut-être, est-ce tout simplement parce que je suis leur enfant.

Je suis l’oiseau jaune, je m’envole très haut.

Glissant, plongeant, flottant sur les ailes, je prends l’essor

… Vers des jours de dignité, sans honte, je m’envole.

Avec les offrandes de ma famille, je m’envole. »

Tandis que la famille reste un solide point d’attache, certains jeunes ont les yeux tournés vers le pays d’origine de leurs parents. Tel est le cas de Lê Thùy Doan, petite-fille des époux Luu Van Que (Californie, correspondante du Los Angeles Times). Bouleversée par les images de la T.V. présentant les ravages des cataclysmes dans le Centre du Vietnam, elle a écrit (en anglais) l’article « Les jeunes Américains d’origine vietnamienne comblent le fossé des générations pour lever des fonds en faveur des victimes de l’inondation ». Le. mouvement, parti d’un petit groupe de jeunes, a entraîné parents et grands parents. « Vietnam ! Cessant de rejeter leurs racines, ces jeunes s’embrassent et collaborent en vue d’alléger la souffrance de leurs compatriotes ». Ils ont demandé l’aide des artistes travaillant pour les spectacles et ont reçu une profusion de CD, cassettes, calendriers, livres pour une vente aux enchères. Les bonnes âmes ne manquaient pas. En quelques heures, on a reçu 63.000 dollars. L’argent de la collecte a été transmis au Vietnam par l’intermédiaire de la Croix Rouge internationale. « Cette génération et les suivantes ne cesseront de s’interroger et de lutter pour leur identité. Prises entre deux cultures distinctes et différentes, elles continueront le combat pour la clarté ».

Comment est né l’engagement moral de servir les compatriotes et le pays des ancêtres ?

Dans l’article en anglais « I love Vietnam », Trân Anh Dào nous en fait une analyse intéressante. Arrivée aux Etats-Unis à l’âge de 10 ans, cette spécialiste des finances s’est rappelée lors d’une première visite au Vietnam, que son père avait recommandé à scs enfants d’effectuer ce pèlerinage. Intriguée, elle s’est demandée : « Pourquoi ce Vietnam si loin de mes pensées ? » Et pourtant, dix ans après, elle a fait le voyage, en compagnie de ses parents. Ce fut un véritable choc culturel causé par une avalanche d’impressions négatives : formalités bureaucratiques à Tân Son Nhât, signes de corruption, brouhaha de Saigon, jungle des motocycles, pollution des rues, offensive des petits vendeurs de cartes portâtes, présence des estropiés à chaque coîft de rue… En revanche que d’images réconfortantes : le quartier des affaires, les restaurants et cafés italiens, les magasins d’artisanat, les expositions d’art, les centres de production Coca- Cola et Pepsi, les plages de Vung Tàu, les plages de gibier rôti, les jeunes filles belles et élégantes, les sourires spontanés de l’homme de la rue… Les impressions étaient si mélangées et si contradictoires qu’il fallait à Trân Anh Dào du temps pour les digérer.

Elle est revenue, seule, trois mois après. Un séjour merveilleux de onze jours à Dalat, sa ville native, l’a liée pour toujours au Vietnam.

Onze jours après son retour en Amérique, elle a repris le chemin du Vietnam à la grande stupéfaction de ses proches. Elle a vécu la vie d’un Vietnamien authentique, elle s’est re-vietnamisée, elle n’est plus une Viêt Kiêu (Vietnamienne d’outre-mer), et cela lui a demandé une longue ascèse. « J’aime le Vietnam pour son peuple avec sa capacité d’endurance et de combativité, sa riche culture, scs cinq mille ans d’histoire, ses ressources naturelles séduisantes, captivantes, enchanteresses. J’ai appris qu’en réalisant une mission de cette importance, à la fois de défi mental et d’endurance physique, j’ai gagné une connaissance profonde qui m’a ouvert les yeux au monde et a changé complètement ma vie. »

 

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