LES VIETNAMIENS EN AMÉRIQUE DEUX GÉNÉRATION OPPOSÉES

Le nombre de Vietnamiens vivant aux Etats-Unis pourrait dépasser un million, la plupart d’entre eux ayant émigré depuis 1975. Les Actes du Congrès des anciens élèves des lycées Nam Dinh-Yên Mô (Vietnam) an 2000, publiés en Amérique, nous offrent des documents intéressants sur l’état d’esprit de deux générations de Vietnamiens d’outre-Pacifique. Prenons l’article de Nguyen Quôc Süy, « Lettre de Canh Thin en l’an 2000, sous-titré Visite d’un vieux radoteur et de ses petits Amerloques au pays natal ». Dès le début, l’auteur a souligné la différence de sensibilité entre la vieille et la jeune génération.

« Penseriez-vous que nos âmes allaient vibrer au même diapason ? Les vieux ont vu la terre natale à travers des réalités subjectives, là, où tant de vieux souvenirs ressuscitaient. J’avais quitté Hanoï à l’âge de dix-huit ans, âge où l’on commence à aimer. Mes randonnées m’avaient mené d’An Giang au tleuve Thach Han, mes amourettes avaient fait écho aux battements de rame à Cân Tho, au chant des batelières sur la rivière des Parfums, aux flots de l’océan et à la musique entraînante des dancings de Saigon et de Hanoï. Il me semblait que le fleuve de la Pénitence n’aurait pu laver mon karma ».

« Si j’étais moi-même en quête du passé, mes enfants en revanche lisaient soigneusement un Guide du Vietnam (rédigé de manière objective par des auteurs étrangers). Il n’est point étonnant que nous n’ayons pas les mêmes idées.

Mais jeunes et vieux s’accordent à dire que « le Vietnam présente beaucoup de paysages inconnus et ensorcelants ».

Imaginez un sampan à moteur se faufilant à travers un enchevêtrement d’arroyos. Mes petits Amerloques ont connu à travers le Show « Discoveries » les images du Nil grouillant de crocodiles, de buffles et d’autres bêtes qui s’entre-déchiraient de manière cruelle. Les petits canaux d’An Giang coulent doucement comme en automne. Nos petits et nous-mêmes avons circulé en (axiboat à Venise. Mais nous sommes d’accord pour dire que les canaux vénitiens avec leurs talus bétonnés sont loin de pouvoir nous émouvoir. Si vous avez aussi fait du tourisme en Thaïlande, vous avez eu l’occasion de glisser sur les canaux aux eaux noires fortement polluées du Mékong, à Bangkok…

Au Vietnam, les plages des îles ou de la côte parallèle à la RN1, telles celles de Phan RI, Cam Ranh, Dai Lanh, Sa Huÿnh, Lang Cô, Canh Duong, du Col Transversal, de Sâm Son, Dô Son nous enchantent avec leurs sable et leurs dunes d’une grande variété, à la grande surprise de nos petits qui poussent des exclamations :« Amazing »… N’avez-vous jamais pensé qu’il était possible de nager dans un minuscule détroit ? Cela existe pourtant à la Baie d’Halong ».

Les jeunes se désintéressent des vestiges historiques et des sites religieux prisés par les vieux.

La découverte la plus inattendue pour les jeunes, c’est celle du caractère vietnamien à travers les contacts quotidiens.

« Partout où ils vont, mes petits Amerloques sont accueillis par de doux sourires bien que notre pays soit bien pauvre. Ils ont reçu des leçons inattendues d’une contrée démunie mais pleine d’humanisme. Dans un restaurant modeste à Nha Trang, un jeune estropié, peut-être un blessé de guerre, se déplaçait sur une chaise roulante pour inviter les clients à lui acheter des billets de loterie. Mon fils refusa l’offre disant sèchement : « J’achète pas ! ». Je savais qu’il n’était pas impoli, sa pénurie linguistique en était la cause. Il tira un billet de 5000 dôngs pour le donner au vendeur qui fit rouler sa chaise sans le prendre. Mon fils très étonné m’a demandé d’expliquer ce geste. Je comprenais bien l’homme qui voulait gagner sa vie par le travail et non par l’aumône. Les petits Amerloques en furent très émus ».

Dans quelle mesure la deuxième génération sera-t-elle liée au Vietnam et à sa culture ? Nguyen Quôc Süy nous confie :

« Après mon retour en Californie, une amie, ancien professeur de lettres, me dit d’un ton à la fois admiratif et sarcastique : « Ainsi, tu as ramené ta progéniture au bercail ! ». Je me demande si c’est vrai. D’un voyage touristique mémorable au pays natal au retour de mes enfants pour servir le pays, c’est un mythe lointain !…

… Sur le sol américain, la génération de nos enfants a subi une parfaite parcellisation. Chaque spécialiste se considère comme maître en son domaine et néglige les problèmes de synthèse, bien que ses connaissances spécialisées ne constituent qu’une lueur tremblotante dans l’univers immense de la connaissance : cette spécialisation excessive mène à l’idolâtrie de sa spécialisation, d’où l’extrémisme dans’ les affaires, dans l’argumentation et finalement dans la métaphysique et la religion. Le résultat de l’acculturation Est-Ouest peut être illustré par l’exemple des deux enfants de l’auteur, un fils et une fille.

Quand son fils était en 10e, il lui posait des questions de caractère métaphysique. L’enfant étant embarrassé, son père l’amena à une église pour lui faire écouter des sermons. Il lui recommanda d’aborder plus tard la philosophie orientale. Un jour, à l’anniversaire de la mort de sa grand-mère maternelle, l’enfant proclama : « Désormais je ne me prosternerai plus devant l’autel des ancêtres : c’est « against » mes convictions ». Je m’y étais attendu depuis longtemps ».

« Ma fille par contre avait suivi de son plein gré deux cours : celui de philosophie orientale et celui de bouddhisme. Bien qu’elle ne fréquente pas la pagode, elle vit selon ses idées, cherchant à comprendre elle-même les problèmes métaphysiques, elle aime à discuter de la philosophie de l’Orient et de l’Occident, du présent et du passé ».

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