LUTTE CONTRE LA CORRUPTION

La corruption sous toutes ses formes, pot-de-vin, dessous-de-table, bakchichs, prévarication, malversation…, est de tout temps et sous tous les régimes un mal plus ou moins incurable.

Au Vietnam, la lutte contre l’épidémie des « enveloppes » qui contamine les bureaux et services de l’administration est devenue un souci majeur de l’Assemblée nationale qui recommande des mesures énergiques à ce sujet. La mal n’a cessé de s’aggraver depuis l’adoption en 1986 de la politique de renovation qui, tout en améliorant de manière sensible l’économie nationale et le standard de vie du peuple, a causé une certaine course à l’argent et aux jouissances matérielles. Cet individualisme exagéré inconnu pendant les trente années d’austérité des deux guerres de résistance est dû en partie à la pratique du marché libre qui exalte la concurrence de mauvais aloi.

Dans l’ancien Vietnam, au temps des rois, le mandarinat était considéré non comme un métier lucratif mais comme un sacerdoce voué au souverain. On vivait de prébendes modestes, surtout le menu fretin, les dons en nature des administrés aidaient à joindre les deux bouts… Mais la morale confucéenne n’était pas arrivée à endiguer le flot de corruption mandarinale sous les règnes de rois irresponsables.

A travers l’histoire, plusieurs mandarins intègres, lettrés intransigeants, se sont distingués par leur lutte irréductible contre la corruption.

Au XlVe siècle, Chu Van An, vice-recteur du Collège royal, considéré jusqu’à maintenant comme le maître modèle au Vietnam, présenta une requête pour demander l’exécution de sept mandarins flatteurs et coupables de corruption. N’obtenant pas satisfaction, il donna sa démission pour se retirer à la campagne.

Au XVe siècle, le plus grand humaniste et héros national Nguyên Trai répéta le même geste de protestation.

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Au XVIe siècle, le penseur de l’Asile Bach Vân (Nuage Blanc), Nguyên Binh Khiêm fustige les mandarins prévaricateurs dans son fameux poème « La haine des rats » :

• « L’aspiration naturelle à tout peuple

Est une vie sans faim ni froid

Bénis soient donc les sages de l’Antiquité

Qui enseignent l’art de cultiver les cinq céréales

Pour entretenir les parents avec le respect qu’on leur doit.

Et nourrir femmes et enfants avec l’affection qu’on leur porte.

Que sont monstrueux les gros rats Qui, sans pitié, trompent et volent !

Il ne reste plus dans les champs que germes de riz desséchés.

Plus aucun grain dans les greniers Le paysan, courbé de fatigue, soupire,

La paysanne, décharnée, ne cesse de pleurer.

Rien n’est plus sacré que la vie du peuple,

Et pourtant vous y portez cruellement atteinte

Vous vous cachez au sein des murs des citadelles

Et même sous l’autel du Génie du sol

Pour mieux tramer vos méfaits

Hommes et génies vous jurent une haine profonde

Qui porte ainsi atteinte au Monde

Par le Monde, plus tard, sera exterminé

Ton cadavre, exposé à la cour, au marché

Et ta chair dévorée par corbeaux et vautours

Pour que le peuple écrasé de misère

Jouisse enfin du fruit de son travail

Dans le bonheur et dans la paix ».

Au XIXe siècle, Dang Huy Tru, lettré acquis aux idées modernes, a demandé des réformes radicales. Luttant contre la corruption, il a même rédigé, à l’usage des mandarins, un manuel d’acceptation et de refus de cadeaux (Tu thu yen quy) : 104 cas de refus, seulement 5 cas d’acceptation de cadeaux (cadeaux de peu de valeur faits après un service rendu, pour exprimer la gratitude de l’obligé).

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