LE RESPECT DU MAITRE

Le respect du maître est une des valeurs morales de l’ancien Vietnam que l’on cherche à remettre à l’honneur depuis plus d’une décennie. Il y a de quoi s’alarmer. Les bouleversements socio-économiques causés par trente ans de guerre, l’adoption du marché libre et l’impact de la révolution télématique à l’échelle mondiale ont posé des problèmes ardus à notre système éducatif. Les réformes scolaires qui se sont succédé ne sont pas avérées efficaces.

D’autant plus que l’effectif scolaire s’est énormément gonfle avec les débuts de l’accès de l’enseignement primaire pour tous et l’accroissement de la population (aujourd’hui, plus de 76 millions). L’année scolaire 1997-1998 compte 22 millions d’élèves et d’étudiants. Le personnel enseignant est insuffisant bien qu’il ait augmenté de 586.000 en 1993 à 820.000 à la fin de 1997. Il subit une saignée croissante, vu que le métier ne suffit pas à faire vivre une famille. Durant l’année scolaire 1996-1997, 2000 enseignants ont quitté l’école à Hô Chi Minh-ville, 275 à Long An, 140 à Binh Duong. Rien qu’au cours du 3e trimestre de 1997, 887 professeurs ont démissionné à Hô Chi Minh-ville.

Le fait que l’enseignant abandonne sa profession rien qu’à cause des difficultés économiques montre que la conception traditionnelle du maître a bien changé.

Au temps de l’enseignement classique basé sur le confucianisme, le maître n’enseignait par pour gagner de l’argent, il exerçait un sacerdoce. Il ne touchait pas de traitement. Les parents d’élèves subvenaient à ses besoins matériels, nourriture, vêtements, logement et contribuaient à l’entretien de sa propre famille qui habitait parfois loin. On lui offrait des cadeaux en nature, très peu en espèce, aux fêtes rituelles de l’année. Les élèves formaient une association de disciples « Hôi dông mon » pour veiller sur leur maître et lui consacrer un culte après sa mort.

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Selon l’éthique confucéenne, le maître occupait une place supérieure à celle du père de famille dans les « trois liens sociaux fondamentaux » : Roi- Maître-Père. Un adage dit : « Celui qui t’apprend un caractère (idéogramme) doit être considéré comme ton maître, même celui qui ne t’apprend que la moitié d’un caractère ». Le maître enseignait essentiellement l’humanité, les devoirs incombant à un homme de bien. Il se devait d’être exemplaire.

Cette image du maître modèle du savoir et de sagesse s’est estompée plus ou moins avec l’enseignement occidentalisé sous la colonisation française. Mais le maître restait une autorité établie qu’exaltaient les manuels scolaires.

L’enfant de six ans apprenait dans son premier livre de lecture : « A l’école, je dois écouter ce que dit le maître, faire ce qu’il dit de faire. Je lui dois une obéissance absolue. J’aime et je respecte mon maître, tout comme j’aime et je respecte mes parents ».

Tous mes amis qui avaient plus de huit ans avant 1945, année de la Révolution mettant fin au régime français, se souviennent avec attendrissement du texte illustré sur L. Carnot figurant dans le manuel de lecture de la 2e classe de l’école primaire : le grand homme en visite à son village entra à l’improviste dans son ancienne école et y trouva son ancien maître dont les cheveux étaient devenus tout blancs. Il le salua poliment et s’adressa aux petits élèves : « Je suis reconnaissant envers mon père, ma mère et mon maître. Grâce à mon maître que voici, j’ai réussi dans la vie ».

La démocratisation apportée par la Révolution d’Août 1945 a raccourci la distance entre maître et élèves. Les élèves se mirent à appeler leur maître et leur maîtresse « grand-frère » et « grand-sœur ». Mais, au bout de quelques décennies, pour éviter la démagogie et faire régner une discipline plus serrée à l’école, on est revenu aux anciennes appellations : « thày » et (maître) et « » (maîtresse). La campagne pour la restauration de l’autorité du maître et du respect qui lui est dû bat son plein. Cette année à l’occasion de la Journée du Maître (20 novembre), les élèves offrent tant de fleurs à leurs maîtres et maîtresses que sur le marché de Hanoï le prix de cet article a décuplé. Le mensuel The gioi moi (Monde nouveau) a organisé un concours pour le meilleur article écrit par un élève sur son ancien maître, plus de 500 personnes y ont participé.

Il ne s’agit pas de ressusciter un modèle de maître confucéen désuet. Nous souhaitons avoir des maîtres compétents et dévoués, guides et amis.

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