DEUX SAGES DE L’ASIE CONTEMPORAINE

Aussi loin que remontent mes souvenirs, deux figures légendaires restent associées dans mon esprit : Gandhi et Nguyên Ai Quôc (Hô Chi Minh). Au temps de la colonisation française, quand j’étais un lycéen de quinze à seize ans, je les ai déjà admirés à ma façon. Le premier, pour avoir lu dans l’enthousiasme le « Mahatma Gandhi » de Romain Rolland. Le second parce qu’il s’était créé un mythe dès les années 20 du siècle dernier. Le militant révolutionnaire vietnamien exerçait une véritable fascination sur l’imagination populaire. Nous, les élèves, le considérons comme une sorte d’Arsène Lupin politique qui passait à travers les mailles de la police coloniale internationale.

Les événements devaient montrer que mon imagination d’adolescent n’avait pas eu tort d’associer ces deux grands hommes qui étaient si proches l’un de l’autre à certains égards.

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Le journaliste Jean Roux a remarqué que Hô Chi Minh « est devenu une sorte de Gandhi marxiste, l’incarnation de la sagesse asiatique ». Sans doute des liens spirituels liaient Hô Chi Minh et Gandhi, qui ne s’étaient jamais rencontrés. Quand il militait à Paris parmi les émigrés politiques des pays coloniaux, le jeune Hô Chi Minh a plus d’une fois rendu hommage au Mahatma, de 21 ans plus âgé que lui. Au début de la guerre franco- vietnamienne, le leader indien a exprimé sa désapprobation de la politique française et sa sympathie pour la cause vietnamienne.

Fusionnant l’atman individuel au brahman universel, le leader de l’Inde et celui du Vietnam ont consacré leur vie faite d’abnégation à la lutte pour l’indépendance de leur pays et le bonheur de leur peuple. Porte-drapeaux du mouvement de libération des peuples colonisés, ils ont tous les deux fourbi leurs armes politiques à l’étranger, Gandhi en Afrique du Sud de 1893 à 1914, Hô Chi Minh en France, en URSS, en Chine, etc. de 1911 jusqu’à la veille de la Révolution de 1945. Leur combat a mené à l’indépendance de l’Inde en 1947 et du Vietnam en 1945.

Tous les deux sont des intellectuels d’une grande ouverture d’esprit et de cœur qui ont su adopter les valeurs culturelles de l’Occident tout en se basant sur les traditions nationales pour réaliser leur double idéal : servir leur peuple et l’humanité. Pour Gandhi, les antiques civilisations, la culture, l’histoire et les époques glorieuses de l’Inde devaient être des fondements solides qui permettaient de réaliser l’unité d’un pays trop diversifié. Quant à Hô Chi Minh, il avait reçu une solide formation nationale lorsqu’il quitta le sol natal à 21 ans pour s’expatrier pendant trente ans. Il garderait intactes en lui « les valeurs vietnamiennes éternelles » (David Halberstam, Ho, Paris, 1971).

Si le but des deux patriotes est le même, leur action, leur méthode et leurs moyens diffèrent, étant dictées par des civilisations et des circonstances historiques différentes, des opinions et tempéraments personnels. Dès 1920, Gandhi déclenche un mouvement de masse en Inde qui préconise la non- violence, force plus puissante que la force des armes. Sa pensée s’inspire de la religion jaïna, sans doute aussi du christianisme et de Tolstoï. Sa tactique est la désobéissance civile, non participation aux emprunts, refus de tout poste civil et militaire, boycottage des écoles de l’administration britannique.

Dans un autre contexte national et international, Hô Chi Minh athée ne tire pas sa force du religieux politique comme Gandhi. Il rassemble les masses populaires dans un large front national pour lutter contre les Français et les Américains. Il cherche à internationaliser la cause du Vietnam, s’assurant l’appui des pays socialistes et des peuples du monde.

Contrairement à Gandhi, Hô Chi Minh est partisan de la violence armée quand c’est nécessaire. Un spécialiste du Vietnam, l’historien Philippe Devillers, avait fait très 1952, en pleine guerre du Vietnam, une remarque pertinente : « Cet homme frêle, ascétique, de santé fragile, nourrissait-il l’ambition de devenir le Gandhi de l’Indochine ? Certains, qui l’ont approché, l’assurent. Il était en tout cas indiscutablement un adversaire de la violence, surtout inutile ». Hô Chi Minh avait tout fait mais n’avait pu éviter la guerre avec la France.

Si étrange que cela puisse paraître, Hô Chi Minh, comme Gandhi, n’est pas un théoricien, mais un homme d’action. Ce sont des hommes purs mais réalistes. Tous deux font des allocutions d’un ton familier, presque familial, adressées au peuple. Tous deux se penchent sur les déshérités ; Gandhi s’attache aux intouchables et laisse la direction politique à Nehru à partir de 1928 ; Hô Chi Minh publie Le Paria à Paris. Tous deux prônent l’union des différentes couches sociales : Gandhi œuvre sans relâche pour faire disparaître les séparations de caste et de religion, Hô Chi Minh crée le Front de la Patrie. Tous deux mènent une vie matérielle très simple. Ermite vivant dans le monde, Gandhi préconise le filage et le tissage à la main. Hô Chi Minh vit dans une petite maison sur pilotis, rêvant de prendre sa retraite à la campagne auprès des petits gardiens de buffle… Gandhi est imprégné d’amour (.Ahimsa), l’Oncle Hô trouve sa joie dans la compagnie des enfants.

Gandhi et Hô Chi Minh restent des symboles du Sage de l’Asie dont la vie elle-même est un enseignement pour le monde.

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