SEXE FORT OU SEXE FAIBLE ?

« Mon sort est celui d’une pièce de soie rose qui flotte au milieu du marché, ne sachant dans quelles tnains tomber ». Cette chanson populaire dit la condition de la femme dans l’ancienne société vietnamienne. Et aujourd’hui

Ne pouvant ni aimer librement ni choisir son mari, elle était considérée comme un simple instrument de procréation, pour perpétuer le culte familial.

La femme traditionnelle réunissait toutes les conditions physiques et morales pour porter l’étiquette de « sexe faible » : « Echevelée comme un saule pleureur », « Chétive comme un prunier ». Douce, obéissante, effacée, résignée, elle ne faisait jamais le premier pas en amour – amour pré-matrimonial, conjugal ou exceptionnellement extra-conjugal. Sur le plan biologique, elle était la parfaite gardienne de l’espèce.

A l’heure actuelle, dans notre pays, la condition féminine s’est beaucoup améliorée sous l’effet des trente ans de guerre qui ont permis à la femme de donner sa pleine mesure dans la guérilla et l’économie, de la démocratisation et de la modernisation des mœurs, de la globalisation. Mais la femme demeure en général « sexe faible », plutôt passive.

Pas seulement dans un pays confucéen tel que le nôtre mais même dans les pays d’Occident où si le féminisme a porté ses fruits, surtout depuis la révolution sexuelle, la prédominance masculine se poursuit d’une manière ou d’une autre.

Est-il vrai que la femme reste « sexe faible », ou au moins « deuxième sexe », et que l’homme est l’éternel vainqueur, le conquistador invincible ?

Rappelons que Bernard Shaw ne le pensait pas. Pour lui ce n’est qu’une illusion, et il le démontre dans sa comédie « Man and Superman » (1903) en s’appuyant sur la théorie évolutionniste de Darwin et « l’élan vital » de Bergson. La femme, animée par l’élan vital, joue à tout prix le rôle biologique que lui assigne la nature ; elle cherche à perpétuer la vie à travers l’espèce humaine. C’est ainsi que lorsque l’homme se donne l’illusion de conquérir la femme, il est en réalité conquis par elle. C’est elle qui a le dernier mot, elle n’est donc pas du « sexe faible » mais plutôt du « sexe fort ».

Dans « Le deuxième sexe » (1949), Simone de Beauvoir essaie de faire éclater le mythe du « sexe faible » et du « sexe fort ». « On ne naît pas femme, on le devient », écrit-elle. Elle a montré comment la femme a été contrainte de se faire l’ombre de l’homme.

A l’heure actuelle, la nouvelle école de psychologie évolutionniste assez à la mode aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne tente de jeter une lumière nouvelle sur le sexe fort1. Elle met l’accent sur l’instinct de reproduction qui demeure vivace dans l’homme moderne et qui n’a rien changé depuis nos ancêtres de l’âge de la pierre. L’évolution a provoqué des comportements différents pour les deux sexes, même en ce qui concerne le goût artistique, la mémoire. L’intelligence discursive chez les hommes est modelée en grande partie par le bouillonnement sexuel qui les pousse, depuis l’apparition des hominidés il y a 4 ou 5 millions d’années, à multiplier les moyens de conquête féminine. La hantise des rapports sexuels, mue pour l’élan évolutionniste, donne naissance à différentes stratégies sexuelles : la séduction avec sa riche gamme, la jalousie, l’adultère et même le viol. Randy Thomhill et Craig Palmer réfutent l’explication culturelle du viol, basée sur le caractère patriarcal, masculin de la société. Ils soutiennent que le viol est une solution choisie par la nature dans son évolution, afin de donner une chance aux hommes dédaignés par les femmes de déposer leur sperme dans les organes féminins.

Les recherches de la psychologie évolutionniste ont donné des résultats intéressants. Par exemple, dans les rapports sexuels, l’homme recherche la quantité, la femme la qualité. Une enquête (10.041 questionnaires de tous les continents) de David Buss révèle que les femmes accordent beaucoup d’importance à la qualité de leur partenaire alors que les hommes, moins exigeants, misent sur le nombre de compagnes de lit (un roi du Swaziland a eu jusqu’à 600 enfants). Geolïrey Miller est d’avis qu’en fin de compte, ce sont les femmes qui choisissent et non les hommes, et cela depuis l’âge de la pierre où les mâles tournaient autour des femelles avec leurs moyens primitifs de séduction (gestes, danses, corps peints…) pour essayer d’être agréés comme partenaires sexuels. Nous rejoignons ici l’idée de la supériorité donnée par l’instinct de reproduction à la femme.

Sexe fort, sexe faible ? La discussion reste ouverte.

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