LE TÊT DU 3E JOUR DE LA 3E LUNE

Le Grand Larousse définit ainsi le Têt : « Au Vietnam, célébration du premier jour de l’année du calendrier lunaire ». Cette définition s’applique en réalité au principal Têt vietnamien (Têt Nguyên Dan ou Fête du Premier Matin de l’An), car les Vietnamiens célèbrent plusieurs Têt au cours de l’année.

Têt est sans doute la déformation phonétique du mot sino-vietnamien tiêt qui signifie : nœud de bambou, partie de l’année (saison). L’année est divisée en 24 périodes météorologiques (tiêt) qui déterminent souvent le calendrier agricole : Lâp xuân (Début du printemps), Côc vu (Pluie des céréales), Thanh minh (Pure clarté), etc. Le passage d’une période météorologique à la suivante constitue un nœud crucial introduisant des conditions météorologiques nouvelles, parfois troublantes, qu’il convient de marquer parfois par des fêtes rituelles du Tiêt (Têt).

Six de ces Têt (fêtes) sont célébrées par beaucoup de familles : le Têt Nouvel An (Têt Ca : Grand Têt), le Têt du 3e jour de la 3e lune, le Têt du 5e jour de la 5e lune, le Têt du 15e jour de la 7e lune (Fête des Morts), le Têt du 15e jour de la 8e Lune (Fête des Enfants), le Têt du 23e jour de la 12e lune (Départ des Divinités du Foyer).
En cette année 1995, la fête du 3e jour de la 3e lune tombe le 2 avril. Ce Têt du manger froid commémore un fait historique de l’Antiquité chinoise. Pendant l’époque Printemps-Automne (770-475AC), le Roi de la principauté Jing a fait incendier une forêt dans laquelle s’était réfugié Jie Zicui qui l’avait servi avec un esprit de sacrifice exemplaire pendant son exil. Il voulait ainsi obliger son sujet fidèle à se montrer et accepter une récompense un peu tardive. Jie Zicui refusa de sortir, se laissant brûler. On rend hommage à sa mémoire en interdisant de faire du feu pendant trois jours. De là est née la coutume de « manger froid » le 3e jour de la 3e lune.

Au Vietnam, les gens oublient en général l’origine de cette fête qui offre simplement une occasion de sacrifier à leurs propres ancêtres. On confectionne pour la circonstance deux sortes de gâteaux.
Les « gâteaux maigres » (banh chay) en farine de riz gluant sont farcis de dolique vert et de confiture, saupoudrés de sésame. Ils sont servis dans un bol d’eau sucré parfumée d’essence de fleur de pamplemousse.
Les « gâteaux flottants » (banh trôi) sont formés d’un noyau de sucre enrobé dans une pâte de riz. Ronds comme de grosses billes, ils flottent dans une assiette d’eau. Hô Xuân Huong, poétesse érotique du XVIIIe siècle, leur dédie ce poème très connu :

« Un corps tout blanc, et ma condition est d’être ronde Maintes fois, je flotte, je sombre avec les eaux.
La main qui m’a pétrie, me fait dure ou molle,
Mais je garde toujours un corps vermeil. »
Honni soit qui mal y pense.

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