LE TÊT ET L’IDENTITÉ CULTURELLE VIETNAMIENNE

Le 13 décembre dernier, l’Ambassade suédoise de Hanoï a célébré dans l’intimité la Santa Lucia avec son déploiement traditionnel : jeunes filles vêtues de blanc et portant sur la tête une couronne illuminée, chansons, vin épicé chaud, petits pains au safran. A cette occasion, l’ambassadeur a évoqué le rôle joué par les fêtes populaires en tant que miroirs et gardiennes de l’identité culturelle d’une nation.

Au Vietnam, la fête qui marque le plus l’identité culturelle est incontestablement le Têt. Bien que le Nouvel An du calendrier lunaire soit célébré dans toute l’Asie orientale influencée par la civilisation chinoise, chaque pays de la région (Chine, Japon, Corée, Vietnam…) l’institutionnalise de manière conforme à sa mentalité, à son tempérament et à ses conditions historiques et géographiques. C’est ainsi que nombre de rites, de festivités, de pratiques du Têt vietnamien sont des variantes très éloignées du modèle chinois et même des créations originales qui remontent aux mythes, aux légendes et aux usages de la période pré-chinoise, quand fleurissait une culture authentiquement Viêt de l’âge du bronze (Ier millénaire av. J.-C.), dite culture du Fleuve Rouge.
Le Nouvel An vietnamien s’appelle Nam moi (An neuf), exactement comme le mot chinois Sin Nian. Mais l’appellation populaire est Têt, déformation phonétique du sino-vietnamien tiêt qui désigne le nœud d’une tige de bambou et également un cycle météorologique annuel. En effet, le passage d’une période à l’autre peut provoquer des troubles météorologiques qu’il convient d’exorciser par des sacrifices et des festivités rituelles. Ainsi, il y a plusieurs Têt (Têt de la mi-Automne…). Mais celui qui prime tous les autres est celui du Nouvel An ou Têt Ca.
Chaque printemps qui vient apporte un message d’optimisme, d’amour, de joie, d’espoir et de confiance en l’homme et la vie.
Les Vietnamiens ont adopté bon nombre de coutumes du Nouvel An chinois confucianiste, mais ils les ont vietnamisées et. ont inventé de nouvelles pratiques de leur propre cru en puisant dans le trésor folklorique j pré-chinois de leur patrimoine culturel Viêt. Je me permets d’en citer j quelques exemples : les Génies de la Cuisine, les images du Têt, les gâteaux bdnh chung et le bétel.
Le 23e jour du 12e mois lunaire, les Génies de la Cuisine de chaque foyer vont au ciel pour faire à l’Empereur de Jade un rapport sur les bonnes et les mauvaises actions de chaque famille. En Chine (dans le Shandong par exemple), les images populaires représentent ces divinités sous la forme d’un couple. Au Vietnam, elles sont adorées par des bottes et des bonnets symboliques en papier : une femme et deux maris. L’origine de cette polyandrie divine est liée à un même conte, mais la version vietnamienne est j plus poétique et plus tragique que la version chinoise.
Les images du Nouvel An, reproduites par xylographie, expriment en Chine comme au Vietnam, des vœux de prospérité et de bonheur à la paysanne (enfants dodus, longévité, fleurs et fruits). Mais au Vietnam figurent des sujets pré-chinois, pas du tout confucéens, des scènes érotiques 1 telles que la scène de jalousie ou la cueillette des noix de coco, ou des sujets patriotiques (les héros de la lutte contre l’invasion chinoise).
Le plat le plus typique du Têt vietnamien est sans doute le bdnh chung, gâteau carré (représentant la terre) fait de riz gluant et cuit à l’étouffée, farci de porc gras, d’haricot, d’oignon… Son origine est liée à une légende j remontant au premier millénaire avant l’ère chrétienne, au temps des rois Hùng fondateurs du premier Etat vietnamien.
De la même époque date également la légende du bétel dont l’usage de la chique se raréfie. Mais la signification symbolique demeure, le bétel reste une offrande cultuelle, qui ne peut manquer au Têt, fête de la famille.

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