TRISTESSE DE VIETNAMIEN D’OUTRE-MER

J’ai eu l’occasion de rencontrer à Paris et à Marseille des Vietnamiens, sexagénaires ou septuagénaires, qui avaient quitté le pays avant la Seconde Guerre mondiale. Ils évoquaient avec attendrissement les mille petite choses qui rendent la patrie chère au cœur des exilés. Ils se plaignaient de ce que pour leur petits-enfants, la troisième génération à l’étranger, le mot « Vietnam » risque de devenir un simple terme piqué dans un atlas géographique.

La même mélancolie saisit les « boat people » d’un certain âge en Amérique. Je m’en suis rendu compte en lisant un article en vietnamien intitulé « A la recherche des racines »l de la plume de M. Bùi Bao Truc . L’auteur se réfère à Roots d’Alex Haley, écrivain noir américain qui a mené des recherches pieuses et fait un pèlerinage en Afrique pour identifier ses ancêtres et cerner la culture de son peuple d’origine.

Je me permets de traduire quelques passages de l’article susmentionné, juste pour donner une idée de la mentalité de certains Vietnamiens d’outre-mer.

… « Je m’imagine marchant d’un pas indécis, courbé sur une canne, dans vingt ou trente ans d’ici. Je croiserai sur le trottoir mon petit-fils en compagnie d’une girl américaine. Il me lancera un « Hello ! », son amie lui demandera : « Who’s that Chinese guy you just said Hello to ? » Ce sera bien triste, mais plus triste encore s’il ajoute : « He’s aint no Chinese, he’s from a place called Vietnam or something… ».

… “Nos enfants grandissent ici. Autant que faire se peut, nous gardons pour eux quelque chose du Vietnam. Garder pour alléger notre tristesse et nos frustrations. Mais eux, qu’est-ce qu’ils savent du Vietnam pour que nous les obligions à s’attacher comme nous à ce pays ? Pour nous, l’odeur de l’humus après la pluie suffit à nous faire pleurer au souvenir de Saigon. Un Air du passé « vong cô » entendu le soir peut nous enlever le sommeil pour toute une nuit. L’arbre ngoc lan près du puits derrière la maison, le parfum nocturne des fleurs de thiên ly, le bruit des gouttes de pluie sur le toit en tôle, les cris des vendeurs par les midis caniculaires, le froissement des fleurs de bougainvillier par un clair matin, de telles évocations pourraient nous rendre fous ».

… « Les nouvelles générations vietnamiennes n’auront pas les difficultés d’Alex Haley si elles veulent remonter à leurs sources au Vietnam… Mais le veulent-elles ? Ou bien c’est nous qui reviendrons au pays natal, les cheveux déjà blancs. Les enfants du village riront aux éclats en voyant un pauvre vieillard bégayer pour demander le chemin, tout comme dans le poème de Xia Zhi Zhang de la dynastie des Tang :

« Parti tout jeune, je suis rentré vieillard,

Mon accent du terroir n’a pas changé, seuls les cheveux sont tombés.

Les enfants rencontrés ne me reconnaissent pas

Ils me demandent : Respecté visiteur, d’où venez-vous ? »

Sans être un Vietnamien d’outre-mer, je me pose la question : « Devant l’assaut effréné d’une économie de marché et d’un modernisme impitoyables, que faire pour sauvegarder nos véritables valeurs traditionnelles ? »

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