QUAND UN VIETNAMIEN A 70 ANS SUR LA TERRE AMÉRICAINE

Un quart de siècle a passé depuis la fin de la guerre américaine. Parmi les Vietnamiens établis aux Etats-Unis, le nombre de personnes âgées n’a cessé d’augmenter. Récemment, en lisant le « Bulletin annuel de 2001 des anciens élèves des lycées du Vietnam Nam Dinh – Nguyen Khuyên – Trà Bac – Yen Mô » publié au Têt de 2001, j’ai remarqué en particulier l’article « Confessions d’un septuagénaire ».

L’auteur, Trân Van An, m’a séduit par sa sincérité touchante et son analyse lucide des pensées et sentiments, pensées et sentiments d’un homme au crépuscule de sa vie que partagent spontanément ses compatriotes vietnamiens sur ce bord-ci du Pacifique.

L’ombre de la mort se profile, remarque-t-il.

« Chaque mois, je conduis quelques amis à leur demeure éternelle. Au retour de chaque enterrement, je suis en proie à une certaine dépression, je pense à ma propre fin. Je me demande : Une fois étendu, où irai-je ? A notre âge où l’on est plus près de la terre que du ciel, cette question ne relève pas de la métaphysique, elle est pratique car l’événement approche. »

Trân Van An n’a pu trouver de réponse. Comme la plupart des Vietnamiens, il pratique le culte des ancêtres. Mourir, c’est se rendre auprès de ses ancêtres, mais « comment s’y rendre et quelle sera l’autre existence ? » Il se confie : « Je n’ai pas de foi pour n’importe quelle religion, en particulier pour celles basées sur le rachat du genre humain par quelque Tout Puissant. Peut-être parce que je vis selon la loi naturelle du Ciel et de la Terre, l’appel de la conscience, une conception de vie paisible et saine. Ce qui fait que j’ai pu éviter les tourmentes spirituelles et abstraites au sujet de l’au-delà. Ma spiritualité et mes principes de conduite sociale reposent sur cette humble croyance : « Aucun ciel (s’il en existe un) ne refuserait un asile de paix à un homme qui a vécu avec un cœur pur… »

« Depuis quelques années, nombreux sont mes amis partis l’un après l’autre, rapidement et sans douleur ou avec des souffrances prolongées. Il m’est arrivé de me sentir abandonné, déprimé, en quête d’un certain appui: spirituel plus attrayant, capable de m’apporter de la consolation ».

Certains des amis de l’auteur se sont convertis à d’autres croyances, zen ou yoga, recherchant quelque prophète ou quelque philosophe. Mais lui ne peut trouver une foi nouvelle.

« Pour des gens orphelins de Ciel et de Dieu comme moi, la fin restera toujours un abandon, abandon préparé qui mène à la sérénité ».

Interrogeant sa conscience, il a fait le point de sa vie. « J’ai menti un certain nombre de fois, mais je me suis toujours efforcé de faire du bien. Dans l’au-delà, je pourrais avoir ma place au milieu ou au fond de la salle, mais jamais dans le couloir ou dans la cave réservés aux méchants ».

Les problèmes de l’actualité de laissent indifférent, du moins il tâche de les garer.

« Quand on se fait vieux, plus on raisonne plus on se sent impuissant. Trouver pour soi un état d’âme serein, c’est déjà beaucoup ».

Il conclut : « Je plaisante souvent avec des amis de ma génération, disant que quand on a franchi le cap des 70 ans, chaque année, chaque mois de vie se compte comme du bonus. Chaque brin de santé et de joie doit être considéré comme un don du ciel. Plus on évite de chagrin, de haine, de colère, plus on a de chance. A cet âge de fin d’hiver, haine, ressentiment, dispute épuisent notre esprit et notre cœur et raccourcissent nos jours. C’est ce que le bouddhisme appelle Karma ».

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