‘’LE VILLAGE INDIEN’’

La fête de la mi-automne nous a donné l’occasion de visiter le village d’orphelins Birla, dans la banlieue de Hanoï, dont nous avons souvent entendu parler.

Quadruppani, romancier et essayiste français, me glisse à l’oreille :
– On ne peut pas dire qu’ils sont malheureux, ces orphelins. Ça ne donne pas l’impression d’une discipline de caserne.
Il semble très ému par le spectacle, lui que j’ai connu plutôt railleur et sceptique. Dans la vaste cour qui résonne au bruit des tambours, une centaine de petits pensionnaires se rassemblent pour admirer le somptueux “banquet traditionnel de la mi-automne”. Sur une rangée de tables sont exposés des gâteaux ronds comme la lune, des fruits de la saison (kakis, bananes, oranges… ), de magnifiques fleurs artificielles taillées dans les papayes vertes, des caniches à poil bouclé faits de pulpe de pamplemousse, des jouets en papier multicolore.

Les enfants sont littéralement charmés par les numéros de marionnettes de l’artiste Van Hoc, directeur de la Troupe bénévole “Pour le sourire des enfants” : la danse Cham, la Valse, le Démon-Araignée… La représentation est clôturée par la danse hindoue des écolières. Les locaux et l’équipement de l’établissement ont été réalisés en 1987 avec l’assistance financière du groupe syndical hindou Cimmco Birla qui a inspiré également une certaine conception organisationnelle et éducative. Chaque dizaine d’enfants constituent une unité familiale habitant à part et dirigée par une jeune mère adoptive. Pour ne pas être coupés de la réalité sociale, ils fréquentent les écoles du voisinage, du primaire à la fin du secondaire. Rentrés de classe, ils étudient, apprennent les éléments d’un métier artisanal, regardent la TV et s’amusent avec leurs frères et leurs sœurs adoptifs. Ils se livrent aussi à des travaux manuels lucratifs et au jardinage pour avoir de quoi améliorer l’ordinaire. Les frais mensuels du pensionnat sont couverts par la municipalité de Hanoï et les dons individuels ou collectifs émanant du pays et de l’étranger.

Nous quittons le “village indien”, tel est le nom donné par la population à Birla, à la nuit tombante. Dans la voiture, je ne peux m’empêcher d’évoquer les relations entre les peuples vietnamien et indien. A travers plusieurs millénaires d’histoire, elles n’ont pas été entachées par le moindre conflit sanglant. Cela ne tient pas simplement de la géopolitique.

Avec la Chine, l’Inde a fait figure de grande puissance depuis l’antiquité. Mais l’expansion indienne qui a débuté aux environs de l’ère chrétienne se réalisa ni au fil de l’épée ni par les moyens politiques de la colonisation. “L’Inde extérieure”, basée essentiellement sur l’attraction culturelle et commerciale, n’a pu durer longtemps. Ce qui n’empêche pas les dynasties de l’Inde du Sud, notamment les Pallava aux Vile et Ville siècles et les Cola aux IXe-XIe siècles, d’exporter la civilisation indienne en Asie du Sud-Est. Ainsi se sont constitués des Etats fortement hindouisés : Founan, Tchenla, Cambodge, Champa, pays indochinois. Le Vietnam a subi une influence plus indirecte de la culture indienne et l’emprise directe de la culture chinoise tout en gardant son substrat du Sud-Est asiatique. Le plus important apport spirituel indien, le bouddhisme, vient moins des missionnaires indiens que des mahayanistes chinois. Pourtant, dès 580, la première secte Thiên (Zen) vietnamienne a été fondée par le bonze indien Vinitaruci. Les pagodes vietnamiennes rendent en général un culte secondaire à une statue d’Indien barbu représentant Bodhidharma, créateur en Chine de la secte Thiên. Soulignons enfin l’enrichissement de notre culture grâce aux éléments indiens apportés par les composantes ethniques Cham et Khmers de la nation vietnamienne.

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