LE VILLAGE DES TAM-TAMS

Je n’ai jamais vu un tam-tam aussi grand au Vietnam : 1,80 m de hauteur, diamètre des tympans : 1,60 m, ces derniers étant faits avec les peaux de deux gros buffles. Ce tam-tam sacré, suspendu à une solive de la maison commune n’est descendu qu’à l’occasion des grandes fêtes printanières ou automnales, lors de la procession rituelle.

Nous sommes à 57 km au sud de Hanoï, dans le village de Doi Son, province de Hà Nam, delta du Fleuve Rouge. Il s’étend au pied de la colline Long Do ou Doi Son qui lui donne son nom. Un chemin mène au sommet où la pagode Doi Son, blottie dans un nid de verdure, constitue un havre de paix et de méditation. De cet édifice restauré, – les premières constructions datant du Xlle siècle avaient été détruites en grande partie par l’occupant chinois Ming (XVe siècle) et par des guerres ultérieures -, il reste quelques précieux vestiges : six statues de génies gardiens bouddhiques (Kim Cuong) en pierre, une statue du bouddha Di Lac (Maîtreya) en bronze, des pièces décoratives, en particulier la stèle de pierre, Sùng Thiên Diên Linh (année 1121) rendant hommage au roi Lÿ Nhân Tông et évoquant pour la première fois les marionnettes sur l’eau.

Outre cette pagode, la colline Doi Son abrite encore un autre temple de construction assez récente, qui nous rappelle pourquoi il est baptisé « village des tam-tams ». C’est plutôt un modeste monument funéraire dédié à un personnage semi-historique, Nguyen Tien Nang, appelé encore « Trang Sâm » (Docteur Tonnerre), qui a aidé Le Loi au XVe siècle, à repousser les envahisseurs chinois Ming. Ce guerrier valeureux (de la province natale de Thanh Hôa) se serait établi dans cette région et aurait enseigné à la population le secret de la fabrication des tam-tams, tout un art.
A l’heure actuelle, Doi Tarn, l’un des six hameaux du village, connaît un standard de vie plus élevé que les cinq autres, grâce à ce métier traditionnel pratiqué depuis des siècles. Les tam-tams se vendent dans tout le pays, du Nord au Sud, ils s’exportent même au Laos, en Thaïlande, à Hongkong, au Japon, etc. Une famille a accumulé des expériences précieuses dans le métier : Pham Thê Quÿnh, 86 ans, Pham Chi Co, 90 ans, Pham Chi Bang, 75 ans, dont les cinq enfants travaillent avec lui. Les jeunes du hameau, dès l’âge de dix ou onze ans, vaquent aux petits travaux dans les ateliers. Ils ne quitteront pas le village, parce qu’il y a du pain sur la planche.
Depuis la fin de la guerre, il y a une vingtaine d’années, et surtout avec l’application de la politique du renouveau (1986), qui a apporté une amélioration économique sensible, le pays connaît un véritable mouvement de restauration des traditions culturelles et religieuses. Les temples, les pagodes, les fêtes villageoises, les cérémonies et processions ont besoin de tam-tams et de tambours.
Joies et peines, profane et sacré, labeur et relaxation, fête et deuil, la vie est marquée au Vietnam par le tam-tam. De tous les instruments de musique, il est sans doute le plus populaire. Les sons légers ou assourdissants, lents ou précipités, calmes ou fougueux, hantent nos légendes, nos mythes, notre histoire, nos occupations quotidiennes du passé et du présent. Il y aurait beaucoup à dire sur notre « culture du tam-tam ».

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